Le roman de notre pensée

Jean-Philippe Domecq

Ce livre est le troisième d’un ensemble qui comprend :
1 – Histoire d’un homme
2 – Histoire d’un autre homme
3 – Le roman de notre pensée

à CdC

« Il y a quelques êtres humains parmi les hommes. » (Arnold Schönberg, rentrant d’un concert de huées, à Vienne)

Que la vie vaille le détour !… tant qu’à vivre.

Sinon, on peut toujours survivre, sousvivre. On peut toujours l’échec existentiel. Seul échec, à vrai dire. Qu’est-ce que l’échec social à côté… ou, pire encore, « réussir »? Où peuvent bien passer ces regards d’autrui au regard de la mort ? Autrement tonique, si on ne l’oubliait sans cesse, imparable et net le tri entre nos plaisirs et nos peines qu’éclaire, face à nous depuis le début, le faisceau de savoir d’avance qu’on n’y sera plus un jour. Là, on voit. Pourquoi attendre la fin pour voir, quand on peut voir enfin tout du long ? Prodige !

Mais ce que j’en dis, n’est jamais que ce que je dis. Quand je pense quelque chose, je sais qu’il y a autre chose. (Ayons toujours cette voix-off à chaque pensée, chaque souffle)

Vivre ne se suffirait-il pas ? Faut-il toujours une vision qui nous aimante vers la version humaine de la vie ? L’humanité en a commis tant, de sens et de sens auxquels elle a cru tour à tour, qu’il y a de quoi renvoyer ce besoin au besoin d’illusions. D’ailleurs, aujourd’hui tout le monde semble en être revenu, et ça a l’air d’aller, l’Ambiance est aux « je » qui, chacun, prend son chacun pour monde. « Says I, To Myself, Says I », annonce pour demain le vernissage d’une grande galerie d’art international.


Échanges

17 commentaires

« la démarche humaine ne peut faire autrement que d’empêcher sa chute en mettant un pas devant l’autre, un sens après l’autre. » C’est exactement cela et cette phrase, admirable, pourrait éclairer ceux qui ne me comprennent pas lorsque j’ai écrit « C’est la terre qui marche sous mes pas ».

Oui, Colette Klein, cette sensation existentielle que « c’est la terre qui marche sous mes pas », est le « peut-être », littéralement, qui nous fait humain dans cet univers, éperdûment. J’ai aussi toujours eu la sensation qu’autour de mes pas, de mes semelles même, « le vide est notre seul appui ». Ce vertige n’est pas négatif, au contraire. A condition d’y adhérer. Ce n’est pas le gouffre qui nous donne le vertige, mais de voir en même temps notre chaussure à côté.
Jean-Philippe Domecq

Jamais seul! j’ai marché, je marche ce jour, voire demain, avec mon ombre; ou est-ce l’inverse ? fidèlement accouplée à mes pas elle s’étire au gré d’un soleil couchant quand mon moi doute et se restreint face à cette dualité.

En écho à Harry Le Ret: .. et, plus souvent qu’à ton tour, tu regardes ton ombre te regarder, au sol.
Parfois c’est à deux, sur le chemin. Il serait intéressant de voir aussi ce que ça donne si plusieurs, en compagnie, se surprennent ainsi, sur une place.

Belle réflexion Jean-Philippe. Oui, la pensée est un roman en cours. Et vous terminez par cette phrase magnifique : être seul, n’est pas être seul.C’est peut-être là le cœur : exister pleinement, avec désir, avec cette volonté de transformer le monde rapproche de ceux qui suivent le même chemin.

à Marianne Ginesta: Exactement, Marianne, de la poétique exactitude que nous donnent tels de vos posts faisant de réseaux sociaux bons messagers à qui sait se repérer les uns les autres. Exactement vous le dites: c’est une question de « désir », d’appétit, si Quelques-unes et uns ont voulu et veulent faire pression poétique sur le monde pour le transformer, y compris dans ses contigences. On continue!…

Ah, mais oui c’est tout cela ! Refractants qui cheminent d’incidence en incidence, chaque pas pour lumière : une théorie d’equilibristes et ce vertige qu’il te donne à les voir à contre noir. En fond, la menace et l’aboie de leur chasse

à Ferrière Marzio : « d’incidence en incidence », oui, c’est ainsi que se fraie tout chemin d’affinités. Et comment, aimanté par quoi? Par le vertige de se retrouver là, en ce monde – l’appétence vient de là, qui creuse le désir infini.

« mais le vide de la route même, une image toujours échappée, jusqu’à ce que la tête lui tourne. » Avant cela, Henri Thomas écrit : « Horreur des plaintes, des pleureuses, et fascination du désespoir qui n’est que ceci, la route tournante, le mur de la chapelle dont toutes les pierres sont visibles, le virage toujours repris, lentement, attentivement, brusquement en sens inverse. » Le goût de l’eternel

à Catherine Ferrière Marzio: ah oui, vous faites bien de convier à rouvrir Henri Thomas. Ce « vide de la route même », que vous pointez, est bien dans la démarche métaphysique, nécessairement métaphysique, de ce temps-ci qu’invoque et appelle le prélude de notre « manifeste ouvert ». Ajoutons cette « route tournante, le mur de la chapelle dont toutes les pierres sont visibles »…: lumière de rêve, accrue, que j’essaie justement de capter dans mes actuels « paysages inextérieurs ».

…à propos de la parenthèse sur le loup dans mon courriel à Valérie Rossignol, précisons, cela ne fera pas de mal à l’humain : L’organisation socio-politique des meutes de loups intéresse les récents chercheurs et philosophes parce qu’ils ont constaté: que le mâle protège la femelle et la mère, les forts protègent les vieux et les petits, les faibles. Pour un peu le loup serait animal « de gauche »… Les conservateurs américains, au bon temps du maccarthysme, ne s’y trompaient d’ailleurs pas qui lançaient des campagnes de battues massives en faisant du loup une incarnation du « communisme ».

Le loup est en train de regagner les contrées du conte, las d’être mal aimé au point d’être « prélevé » comme il se dit entre exploitants et décideurs frileux et apeurés devant la révolte tracticole. Pour ma part tant qu’à dire je serai de sa traîne avec les ceux qui le suivront ! C’est un voyage et rude comme une vie ! Ça va vers le sombre qui guette et accueille, mais ça va, ça ira, ça ira, en compagnie ! Loup devant !

1er Mai 2926, retrouvé dans le cloud au hasard (pas tout à fait) de le pérégrinations l’écrit d’un du début XXI et surprise la folle hypothèse qui préside à nos travaux s’avère confirmée : oui, quelques uns résistaient déjà à l’empoisonnement de la pensée. « ce parasitage de principes vertueux servant de marche-pied à des principes pervers et destructeurs. L’un des premiers effets de cette perversion est de saturer l’espace, d’épuiser mentalement les individus qui chercheraient sincèrement à dialoguer ou à réfléchir (chose par essence impossible, comme au coeur d’une secte), et, finalement, de détourner l’attention et d’entraver le développement et la fortification d’une réflexion véritablement utile et nécessaire qui pourrait effectivement lui faire contrepoids. » Que ces quelques inspirent nos pas ! La route n’est ni longue ni courte puisqu’elle fut, est et sera poe-litique ! Cela est confirmé : allons.

1er Mai 2926, retrouvé dans le cloud au hasard (pas tout à fait) de mes pérégrinations l’écrit d’un du début XXI et surprise la folle hypothèse qui préside à nos travaux s’avère confirmée : oui, quelques uns résistaient déjà à l’empoisonnement de la pensée. « ce parasitage de principes vertueux servant de marche-pied à des principes pervers et destructeurs. L’un des premiers effets de cette perversion est de saturer l’espace, d’épuiser mentalement les individus qui chercheraient sincèrement à dialoguer ou à réfléchir (chose par essence impossible, comme au coeur d’une secte), et, finalement, de détourner l’attention et d’entraver le développement et la fortification d’une réflexion véritablement utile et nécessaire qui pourrait effectivement lui faire contrepoids. » Que ces quelques inspirent nos pas ! La route n’est ni longue ni courte puisqu’elle fut, est et sera poe-litique ! Cela est confirmé : allons.

Jean-Philippe Domecq, en écho: Oui, vous l’énoncez en intelligence avec ce que j’essaie dans ce nouveau type de manifeste, « manifeste in progress, ouvert ». En ce sens, j’ai été saisi par ce que vous prolongiez dans votre billet Facebook de ce matin et que je recopie ici pour y souscrire : « Combien de preuves faudra-t-il soumettre à la sagacité du plus grand nombre pour qu’il commence à se dire que le ver est dans le fruit qu’il souhaite croquer? Que dis-je: qu’il croque acharné à prendre sa part de chair putride! Les pognons, la notoriété, le plus grand nombre en réclame quoi qu’il lui en coûte d’indigence morale, déjà riche ou toujours pauvre, fasciné. Pourtant. » Le « Pourtant », seul, pèse son poids de vie. Et, puisque cette « vanité des vanités » prolongeait le propos sur ce que j’ai nommé l’Ambiance littéraire française – terme que tout le monde comprend, j’ai remarqué, rien qu’à dire « l’Ambiance »… – , vous accompagniez ces lignes de la photographie des chiches tiges qu’on voit pousser le long de murs ou de trottoirs, dans le « malgré tout ».

Mai 2026, en somme et je vous entends et finalement vous rejoins concernant Céline (Genet ? Connais pas.) : que continue à nous faire la culture du ressentiment, culture perverse qui nous retourne l’esprit pour mieux en piétiner les bontés, les humilités, les douceurs et pour en extirper les fiels comme trophées. Votre appel à la raison est salutaire parce qu’il tremble devant la resucée du pire aujourd’hui. Merci,

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