Lettre à un ami en vie

 

 

La joie.

 

La joie de te savoir vivant.

 

La joie de ton corps solaire, invincible chair.

 

La joie de te voir transfiguré par l'humilité rayonnante qui t'a permis de traverser le pire.

 

Je te connais surtout par la conscience charnelle de ton rayonnement intérieur.

 

Je sais, par-delà les mots, que tu as gagné en sagesse, que la vie s'épanouit en toi, en pure expansion.

 

C'est ce qui fait de toi un être radieux.

 

Ta beauté est unique. Elle est celle des hommes nus, qui puisent dans la nature de quoi se ressourcer.

 

Tu as, sans même le rechercher, la force et l'ingénuité de la jeunesse.

 

Ta beauté est contagieuse. Elle ouvre des horizons, comme si l'on voyait pour la première et

dernière fois, un paysage inondé de lumière. Le souvenir en reste vif et contrasté.

 

Ta beauté ouvre sur le monde extérieur. C'est l'aventure tant de fois promise que tu attendais depuis si longtemps. Désormais tu vas vivre avec la conscience aiguë que tu as été sauvé.

 

Ta joyeuse insouciance est un appel à vivre, à vivre dans un parfait équilibre, l'harmonie qu'offrent les relations désintéressées.

 

Rien ne t'arrêtera. C'est certain.

 

Tu peux rire et sourire et d'un regard espiègle embrasser le monde.

 

Je garde de toi uniquement ça: le jaillissement d'une énergie positive qui m'a tant de fois régénérée. Cette énergie est tellement puissante et lumineuse, tellement débordante qu'elle passe de toi à moi, de moi au monde, de toi au monde. Que cela ne cesse.

 

A tous les instants à venir.

A la littérature.

A la vie.

A toi, mon ami.

VR

5 réflexions sur « Lettre à un ami en vie »

  1. Serge R. dit :

    Je t'embrasse directement d'ici. Aussi.

  2. Serge R. dit :

    C'est dur, hein ?

    • Valérie dit :

      Tu me demandes si c'est dur, Serge. Je me suis sentie triste et nauséeuse, mercredi dernier. C'est un état qui n'a pas duré. Je suis particulièrement calme et déterminée en ce moment. Pour moi, il n'y a pas de réelle rupture, un avant et un après. Je rejoins en ce sens ce que dit J.-Ph. D. (vois la page sur La situation des esprits), ce qu'on se dit aussi quand on discute: ce qui arrive est une conséquence des défaillances qui touchent de multiples domaines, et en particulier la culture et l'éducation. Je mesure l'importance de dialoguer, avec les jeunes, avec les intellectuels, parce que nous sommes tous concernés et tous responsables de ce qui se passera par la suite. Je refuse de projeter des craintes ou des espoirs et je m'en tiens à la même ligne de conduite: dire, écouter et faire évoluer ma pensée en fonction de ce que je vois. Les réactions me paraissent hystériques, ainsi l'achat massif du journal Charlie Hebdo, (je ne peux m'empêcher de sourire à propos de la supposée liberté d'expression quand on voit ce qu'est devenue la presse et la façon dont elle défend la littérature) et je redoute la radicalisation des propos, parce que la situation est tellement complexe qu'on ne peut agir sur un domaine sans toucher à un autre.
      Si on peut agir de façon positive, c'est en concentrant nos efforts sur les domaines qui nous concernent de près. Je le fais en tant qu'enseignante, je le fais sur Les Corps Célestes. C'est montrer des issues qui nous sont accessibles. Pour résister aux réactions épidermiques de violence ou de peur, je relis Puissance de la douceur d'Anne Dufourmantelle. Le n° 34 de la revue Nunc (sur Etty Hillesum) est un bon antidote. Je te les prêterai. Loin de la mièvrerie ou de la soumission (de Soumission), nous sommes dans ce que l'humain véhicule de profondément positif, une sorte de rayonnement intérieur qui agit aussi sur les autres. C'est finalement pour moi une interrogation sur le lien entre mystique et politique.
      Et, pour toi, est-ce dur?

      • Valérie dit :

        Réponse de Serge:
        Je pourrais co-signer chacune de tes phrases, Valérie, à part ta conclusion, car je te sens plus optimiste que je ne le suis - ou tout au moins plus joyeuse, espérante. C'est aussi pour ça qu'on aime ses amis, au fait, parce qu'ils vous font espérer mieux, espérer moins abstraitement.
        Pour répondre à ta question finale, donc, oui ça a été assez dur, mais pas sur le moment - qui a été un moment d'effroi certain, mais aussi de franche et spontanée rigolade en songeant que ces arsouilles seraient inévitablement canonisés par la société sans Dieu qu'ils avaient promue. Ce qui est dur, c'est de voir que la curieuse liesse qui s'est prévisiblement emparée de ce pays charrie mille haines contraires, et de voir bientôt venir le moment où strictement rien n'aura changé dans le soubassement idéologique de notre société. Effectivement, il n'y aura ni avant ni après, mais pas forcément au bon sens de l'expression, je le crains. Juste un peu plus d'anti-religiosité primaire, de celle-là même qui à force de désespérer le monde amène les plus fragiles à la soumission au premier fanatisme qui passe.
        Je t'embrasse en t'attendant.

        Serge R.

        Ma réponse:
        Je redoute comme toi l'inertie humaine. Je ne me fais guère d'illusion sur les possibilités de changer de cap d'un point de vue idéologique. Et pourtant, les débats en cours montrent que chacun est amené à se positionner. Les jeunes en particulier n'ont pas d'avis définitifs. Dans cette hésitation-là, que l'on perçoit très bien autour de soi, il y a une possibilité de changer de regard. La soumission n'est que la conséquence d'un manque de dialogue, de remises en cause. Il faut maintenir la pression de la parole.

  3. Elisabeth Bart dit :

    Bonjour, chers amis.

    Comme vous dites, c'est dur.
    Je ne suis pas disponible pour vraiment vous répondre dans l'immédiat ( accompagnant toujours quelqu'un entre la vie et la mort, au-delà de la parole), mais de tout cœur avec vous. Ni pessimiste, ni optimiste.
    " Il a mis dans leur cœur l'ensemble du temps, mais sans que l'homme puisse saisir ce que Dieu fait, du commencement à la fin". Ecclésiaste, 3-11

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