Extraits de correspondance avec Jacques Cassabois

 

 

Réponse de Jacques Cassabois à l'article "L'amour d'Enkidou"

 

 

J’ai plusieurs fois lu votre article. Votre réflexion est subtile, comme généralement quand vous réagissez à un livre. Est-ce que je "pressentais" cela quand j’écrivais ? Je vous réponds que oui, très certainement, même si je ne l’appréhendais pas de la même manière que vous, pour autant que je me souvienne. Je veux dire en terme de “crise de pouvoir” qui se résout par un acte individuel lequel provoque chez le tyran une prise de conscience. Toute cette problématique se trouve dans mon livre et je me reconnais pleinement dans ce que vous écrivez, y compris dans votre dernière ligne qui m’a très surpris. Oh non, je ne pensais pas “messie”, mais vous avez raison, Enkidou en est bien un.

Comment vous dire ? L’état intérieur de la création n’est pas le même que l’état intérieur de la réflexion (en tout cas chez moi. Je le précise pour ne pas avoir l’air de généraliser abusivement). Le second est plus incisif, continental, comme le climat. Je le sens froid et sec. Le premier est plus enveloppant, tropical, chaud et humide. Pour construire les oppositions entre les personnages je travaillais les sentiments et les caractères. Je pensais brutalité aveugle, vulgarité d’un côté, pureté et candeur de l’autre. Je pensais environnement citadin et environnement rural et je nourrissais chacun de ces domaines de sensations en imaginant le rapport du corps avec l’espace, leurs habitants, les éléments différents selon qu’on est en ville ou en pleine nature, et comment les habitudes de vie se façonnent à ces contacts.
A bien réfléchir, je suis maintenant certain, même si cela n’était pas véhiculé par les mêmes mots, que l’état “continental” était bien là, mais qu’il précédait l’état “tropical” et que j’ai fini par l’oublier. J’en veux pour preuve cette recherche que je viens d’effectuer en reprenant la préface de l’Epopée, pour vérifier un point.

Au bas de la page 24, je suis tombé sur quelques lignes où monsieur Bottéro parle de cette transcendance que vous évoquez si bien et qui ne me semblait pas dans mes préoccupations, lorsque j’écrivais. J’ai été bien surpris de voir que je les avais soulignées comme lorsque je veux me coller un point capital dans le citron!  Ainsi, cette notion était bien là, mais comme un substrat qui m’a accompagné tout au long de mon travail jusqu’à la prise de conscience finale de Gilgamesh. pages 238/239 (dire que ma toute première éditrice chez Hachette, qui, après Sindbad, m'avait proposé de travailler sur Gilgamesh, avait essayé de me convaincre de supprimer ce passage. Je me suis depuis, loué un nombre incalculable de fois de ne l’avoir pas écoutée !)

Il me revient d’ailleurs, en vous lisant, que cette “force d’amour” qui “éveille Gilgamesh à une spiritualité nouvelle” et qui est significative de l’effacement des sumériens au profit des sémites se retrouve dans la langue même de l’épopée: l’akkadien, langue sémitique du quotidien, et non le sumérien, langue des lettrés et des prêtres.

Quant au messie, c’est une belle idée. Elle me plaît, tant Enkidou me plaît. C’est bien lui la clé. Il ouvre la porte décisive de la transformation de Gilgamesh. Immortalité, résurrection... Il faut bien commencer par mourir, tenter le grand pari. Et puisque vous évoquez la transposition de ce processus à nos sociétés abominablement déliquescentes, je pense que la mort demeure toujours un électrochoc puissant, capable d’imposer des prises de conscience fécondes, voire radicales. J’en suis convaincu. Je constate même grâce à vous qui m’amenez à y penser, que c’est une conviction qui m’habite depuis longtemps, jusqu’à l’obsession. Et vous comprendrez, mais je ne vous en dis pas plus, de quelle façon en lisant LA COLERE DES HERISSONS.

 

Réponse de Valérie

Mon intuition sur le passage du polythéisme au monothéisme, se fondait sur l'interprétation d'épisodes narratifs (comme la colère d'Enkidou face au viol) et en attirant mon attention sur l'écriture même vous me permettez d'approfondir la question, sous un autre angle. Les p. 238-239 correspondent en effet à des blancs que vous comblez, il s'agit du point culminant du parcours spirituel de Gilgamesh auquel vous donnez du sens.

En relisant ces pages, des intuitions oubliées me sont revenues. Il me semblait qu'en réécrivant l'épopée, vous donniez un sens chrétien au cheminement de  Gilgamesh. Je l'avais senti à ce que vous faites dire au dieu du soleil Shamash sur l'ombre et la lumière, alors que Gilgamesh découvre le Jardin-des-Arbres-à-Gemmes à la sortie du défilé des monts jumeaux: "Sache bien que cette nourriture de lumière ne s'éteint jamais du coeur des hommes! Ce sont eux qui l'enfouissent, eux qui accumulent les ténèbres. Tu as vu ce que beaucoup ne voient jamais, mais seras-tu capable de ne pas l'oublier? Car tu es libre comme chacun. Libre de te fortifier de ton soleil ou de lui préférer la nuit."  J'avais été fascinée par les correspondances avec l'image biblique qui oppose la lumière aux ténèbres pour porter le message de Dieu, et aux conclusions auxquelles vous arriviez, qui sont celles que le Christ ne cesse de transmettre, comme si les auteurs de la Bible en quête de sens, utilisaient les mêmes images pour faire émerger la même vérité, signifier les mêmes lois.  Votre roman serait ainsi une prolongation de cette écriture. Au p.238-239, vous écrivez: "tu verras l'infini des temps. Le présent et ses frontières incandescentes. Le présent qui roule, et sa lisière de passé qui se consume, et son avant-garde qui tend vers un futur en se recomposant présent. Tu verras la vie et la mort, inséparables dans l'instant. C'est là, la seule immortalité Gilgamesh! En vivant l'aujourd'hui de chaque chose, tu vivras l'éternité de tous les demains!". Il me semble que, là encore, vous portez au plus haut la quête spirituelle de toute religion en indiquant que lorsqu'on est conscient de porter en soi l'héritage du passé et les promesses de l'avenir, et qu'on s'ouvre à la possibilité de vivre intensément l'instant présent, par amour de la vie, alors oui, on touche à la vie éternelle. Les anciens pouvaient-ils comprendre ce sentiment d'éternité ou est-ce l'influence du christianisme, que l'on se dise croyant ou pas, qui nous amène à donner cette dimension-là au cheminement spirituel de Gilgamesh?  

Cela est d'autant plus fascinant qu'il semblerait que vous étiez au moment de créer votre oeuvre dans un espace sensoriel, intuitif, plein d'une énergie qui ne peut se libérer que si l'on n'applique pas sur elle la conscience de ce qui se joue au moment où l'on crée, auquel cas le charme est rompu. Dans ces rapports de force en jeu Gilgamesh/ Enkidou, monde civilisé/sauvage, ce que vous faites émerger c'est une logique de vie profonde, à laquelle aucun être humain n'échappe, et il se trouve que cette logique-là, Moïse, nomade, la cherche aussi, dans sa relation à Dieu. C'est comme si vous donniez à une épopée vieille de 3500 ans, la profondeur d'une religion qui n'a cessé de se rapprocher de la vérité: comme si cette traversée dans le temps permettait de faire se rejoindre le passé très ancien et le temps présent, au nom d'une vérité unique. Je souligne au passage qu'il serait à peu près impossible d'interpréter L'Iliade et l'Odyssée de cette façon. 

Quand je me suis intéressée à l'épopée de Gilgamesh, j'avais lu l'adaptation de Léo Scheer (2006). C'est une reformulation en française moderne de la traduction du texte akkadien. Cette tentative de lire l'épopée, sans lui donner aucun sens, sans mettre en tension aucune opposition, est pour moi complètement stérile. Ce texte sec et pauvre est  l'exemple même du vide qu'on finit par éprouver quand on se coupe de toute spiritualité. 


Réponse de Jacques

Sens chrétien ? Peut-être bien. Sûrement même, car je suis tombé dans le christianisme quand j’étais petit et bien qu’aujourd’hui je me sois éloigné de l’Église, il me reste des références, un fond culturel et humain, sans doute propre à beaucoup d’occidentaux qui ont été façonnés par la philosophie née du Galiléen, mais qui chez moi ont un caractère indélébile, parce qu’imprégné des émotions et des affections de mon enfance, ainsi que de mes toutes premières découvertes des mystères de la vie. Me reporter à cette morale tient du réflexe et je n’ai pas l’intention de m’en guérir. Cela dit, si vous pouvez déceler un sens chrétien au Roman de Gilgamesh, il s’est sans doute imposé malgré moi. Cela a été beaucoup plus volontaire quand j’ai réécrit Antigone, car certains vers de Sophocle avaient pour moi des résonnances quasi christiques et j’ai effectivement écrit certains passages en me laissant conduire par une similitude avec des épisodes de la vie de Jésus. Par exemple, la sortie d’Antigone de son cachot, que j’ai construite avec la pensée d’un chemin de croix ou ses moments de solitude qui se référaient à celle du jardin des Oliviers. En y réfléchissant, je peux dire qu’Antigone fait partie avec Jeanne et 1212 de mes livres où le christianisme affleure le plus consciemment.
Cependant, au point où j’en arrive de ma réponse, il faut que je m’empresse d’apporter des précisons sur la « construction du sens ». En fait, cette construction m’échappe en grande partie. Certes, chaque fois que j’ai récrit un grand mythe ou dans une moindre mesure (parce que l’effort de recherche est de moins longue haleine) en récrivant des contes, j’ai fouillé mes textes-source à la recherche d’indices qui me permettraient de mettre au jour une voie de recréation, mon fil conducteur. Ensuite, pendant l’écriture une partie des choses m'échappe. Cela tient aux résonnances qui naissent du texte en cours d’élaboration, au sens de certains mots qui déborde, qui me révèle des éclairages que j'ai envie de développer parce qu’ils sont cohérents avec mon fil conducteur, le complètent et lui apportent un foisonnement, une sorte de halo.

Je crois qu’en fait, au contact de ces grands textes symboliques, où les archétypes vibrent puissamment, la fouille menée grâce à l’écriture me fait descendre en profondeur dans un lieu que je ne sais pas nommer, mais où les choses non seulement ne se contredisent plus, mais s’assemblent avec harmonie. C’est un lieu d’infinis possibles, qui se répondent, sans s'exclure. C’est mystérieux et je ne sais pas mieux l’expliquer. Je ne peux que constater sa présence. Il me semble que c’est ce que vous appelez « espace sensoriel intuitif ». Je me reconnais bien dans ces mots-là et on  accède d’autant mieux à cet espace qu’on relâche les contraintes du projet qui nous menait avec ses idées construites et qu’on accepte, comment dire, de se fourvoyer, de s’égarer. C'est la fameuse expérience de la foi, vous savez, qui vous fait oser marcher sur le vide.
C’est compliqué et je ne sais pas si je suis bien clair.

Bref, pour continuer d’expliquer ce sens chrétien qui m’a échappé quand j’écrivais Gilgamesh, je n’ai sans doute rien fait d’autre que d’explorer mon propre inconscient, ma caverne d’Ali Baba où s’est accumulé tout le fatras qui a servi à me façonner.
L’énergie créatrice, quelle que soit sa forme, nous permet certainement de descendre dans ces fondations.
Une autre chose que je voulais vous dire et qui découle de ce que je viens de tenter de mettre en forme : la perception du sens varie en fonction de notre position. Elle est différente selon qu’on se trouve à l’extérieur de l’œuvre (situation du lecteur) ou à l'intérieur (celle de l’auteur).
Le lecteur cherche à faire émerger un sens d’un matériau élaboré et prête à l’auteur ses propres intentions. Il a voulu faire ceci, dire cela… Oui, mais ce n’est pas aussi réglé que du papier à musique. L’auteur, lui, élabore ce matériau. Il en est partie intégrante. Il est parfois acteur du sens. Parfois il est agi par ce sens qui s’organise à son insu.

 

Réponse de Valérie

Je lis en ce moment Bible, mythes et récits de commencement de Pierre Gibert. Il dit à propos des chapitres 2 et 3 de la Genèse: "C'est l'ensemble indissociable de ces deux chapitres qui rend compte, dans sa circularité même, de l'humanité de toujours et donc dans ses origines. (...) Ces chapitres, reflet existentiel totalisant de la condition humaine, révèlent que le commencement ne peut être conçu comme un moment ou un temps déterminé ou déterminable, mais plutôt comme une sorte d'espace dans lequel l'humanité apparaît avec toutes les composantes qui la constituent ici et maintenant, partout et toujours." Cette citation semble rejoindre ce que vous exprimez en ces termes: "Je crois qu’en fait, au contact de ces grands textes symboliques, où les archétypes vibrent puissamment, la fouille menée grâce à l’écriture me fait descendre en profondeur dans un lieu que je ne sais pas nommer, mais où les choses non seulement ne se contredisent plus, mais s’assemblent avec harmonie. C’est un lieu d’infinis possibles, qui se répondent, sans s'exclure. C’est mystérieux et je ne sais pas mieux l’expliquer. Je ne peux que constater sa présence. Il me semble que c’est ce que vous appelez « espace sensoriel intuitif ». Je me reconnais bien dans ces mots-là et on  accède d’autant mieux à cet espace qu’on relâche les contraintes du projet qui nous menait avec ses idées construites et qu’on accepte, comment dire, de se fourvoyer, de s’égarer. C'est la fameuse expérience de la foi, vous savez, qui vous fait oser marcher sur le vide."

Voyez-vous, cette expérience, je la vis grâce au modelage (j'ai tenté de la décrire dans la rubrique Connivences). C'est une confrontation à ce qui est essentiellement humain d'autant plus forte qu'elle est directe et sensorielle. Avant d'éprouver l'humain, il faut comprendre l'architecture interne de tout homme et donc regarder très attentivement ce qui se passe. Cette appropriation de l'édifice archétypal est d'autant plus importante qu'on ne cesse de nous détourner de ce qui fait de nous des hommes. Qui a la présence d'esprit de ne pas réduire la vie au monde dans lequel on vit? La création telle que vous la concevez est pour moi juste car elle permet de suivre un fil conducteur qui en remontant aux sources nous fait sentir l'intensité et les vibrations de la vie. Nous ne sommes plus dans des catégories objectivables, personne ne pourrait prouver qu'on a raison ou tort,  mais dans une expérience intime et profonde. Nous sommes en relation avec l'autre.

L'éloignement dans le temps de la civilisation mésopotamienne fait de nous des étrangers. Pierre Gibert pose la question suivante: "Dans quelles limites et à quelles conditions une réalité perçue dans un champ culturel étranger peut-elle être désignée ou définie par un terme qui est issu du champ culturel de celui qui la perçoit et tâche d'en rendre compte?". Il y a toujours un risque de trahir une réalité ou de la déformer. Il me semble pourtant que cet espace de pure intuition que vous définissez, parce qu'il a été précédé par une observation minutieuse des faits, permet de reconstruire le sens profond de l'épopée. 

4 réflexions sur « Extraits de correspondance avec Jacques Cassabois »

  1. PLAHIERS Michèle dit :

    Merci pour votre blog. Les temps troublés ont cet avantage qu'il nous pousse, nous force à rejoindre la lumière. Comme l'enfant se libère de l'enveloppe charnelle entre les petites et grandes lèvres, nous livrant 'sans bagage" à la nudité de l'envie et le plein de l'accrochage (Les Dogons lisent l'avenir de l'enfant dans le placenta). Une bouteille à la mère qui ne cesse de se remplir. Je lis en ce moment une superbe lecture psychanalytique de Paul claudel par Michel Malicet
    (mâle, il sait,...). Il manque à mon goût sylvie Germain.

    • Valérie Rossignol dit :

      Chère Michèle, je suis très heureuse que vous perceviez mon site comme un espace préservé des forces destructrices du monde. Puissions-nous jeter à la mer cette bouteille aussi. Rencontres fortuites, aspirations communes, lectures stimulantes... Internet offre parfois des échappées salvatrices.

  2. Mélanippe dit :

    Voici un roman commencé en 2003 suita à un rêve que j'ai fais (réellement). Macron sera-t-il notre Hohenstaufen? Ma meilleure amie est le cousine de Françoise Nyssen (Acte sud). Elle est votre Ministre de la culture (je suis belge).... PROLOGUE

    Le batelier du Rupel*

    Trois septembre 2003, Olga a rendez-vous avec la vie. Ses pas la transportent vers le canal de Bruxelles à proximité du port, au croisement des grands axes.
    Dans l'angle aigu d'une grue flottante, le soleil s'extrait voluptueusement de la brume matinale excitant à son passage les odeurs citadines et « industrières ».
    Le jour s'amarre lentement aux cordages des rares bateaux.
    L'eau glauque du canal se vêt d'étincelles miroitantes. L'heure de son rendez-vous avec un libraire qui lui avait promis un livre lui laisse encore un quart d'heure de répit.
    Un vagabond est allongé contre un muret, il semble suivre le passage des rares promeneurs empressés d'accomplir le rituel de leur journée.
    Ses yeux d'un bleu profond émergent d'une forêt de barbe aux reflets de sable gris blanc et doré. Olga s'attarde un moment près du vieil homme, fascinée par l'intensité de son regard. Celui-ci semble contenir toute l'histoire du monde .
    Au pied du vagabond, une valise en cuir arbore de nombreuses vignettes ramenées de lointains pays. Une huppe empaillée règne fièrement sur le bagage, bien décidée à en protéger le contenu.
    Ni l'indigent, ni l'oiseau dont les plumes se soulèvent dans le vent de fraîcheur matinal ne semblent s'effaroucher de sa présence. Une connivence s'installe entre eux dans un pacte silencieux.
    L'homme se met à divaguer. Seuls quelques mots s'échappent de son marmonnement et lui parviennent clairement : BURGONDE et BURGRAVE.

    *le 4 juin 1477, Marie de Bourgogne, Reine de hongrie accorde un octroi autorisant le creusement d'un nouveau canal de Bruxelles au Rupel.

    L'oiseau observe la jeune femme du coin de son oeil de verre qui semble cligner ingénieusement. Comme dans un flash, le rêve qu'Olga a fait cette nuit resurgit de sa mémoire. Elle prend l'inouïe décision de le raconter au vagabond qui certainement n'y comprendra pas grand-chose.

    Dans ce rêve, la narratrice y rencontre André, son voisin dans la rue qu'elle habite, un vieil homme qui l'invite à contempler sa collection de tableaux.
    L'un de ceux-ci attire plus particulièrement son attention. Il représente un bateau dans le port de Bruxelles, au début du siècle, un marinier est accoudé au bastingage. Sa chemise bleue émerge de la brume matinale. Une jolie femme sur le quai, portant un panier se dirige vers l'avant-plan. André explique alors que ces tableaux datent de l'époque de ses parents. Il n'a pas vraiment connu son père qui un jour à l'âge de trente ans a disparu sans que personne n'ait retrouvé ses traces. Avocat près de la basilique, il lui arrivait d'acheter d'acheter quelques toiles.
    Intriguée, Olga s'approche de chaque tableau et s'amuse à imaginer que les sujets mais aussi plus subtilement le jeu des formes et des couleurs racontent une histoire, mais aussi donne des indices sur la disparition de son père. Elle lui fait part de ses réflexions. Il lui révèle alors qu'il s'appelle BURGONDE, ce qu'elle ignorait et que tous les tableaux sont signés BURGRAVE. Olga ne peut s'empêcher de penser à un personnage de vieux barbon à la gravité pompeuse. Pourtant les tableaux dans leur brumeuse mélancolie laissent deviner l'intensité colorée de l'émotion. Un jour BURGONDE a-t-il rencontré BURGRAVE pour ne former qu'un seul être ?
    Elle conseille à André de garder précieusement ses tableaux parce qu'aucun expert en art même doué n'y découvrira le mystère que recèle chacun d'eux et quitte la maison de son voisin, le laissant à ses réflexions.

    Son récit terminé, Olga observe le vagabond : il sourit.
    Trop absorbée par son récit, elle n'a pas remarqué la disparition de l'oiseau. Seule une plume poussiéreuse nargue le vent qui tente de la chasser. Mais le libraire attend sa visite...

    De retour, Olga ne voit plus le vagabond. Lui aussi est parti, laissant sa valise que la vieillesse ne lui permet plus de trimbaler. Intriguée, et prenant malgré tout quelque risques, elle décide de l'emporter.

    Le port de Bruxelles ce matin dans la brume chatoyante et ensoleillée a presque un air de fête.
    Durant le trajet du retour, Olga prend une grande décision : elle n'ouvrira pas la valise avant un an.

    Le voyage peut commencer.

  3. Mélanippe dit :

    J'ai appris bien plus tard grâce à Benoît Raysky qu'Olga était le nom de la juive assassinée le jour des élections françaises (7 mai,...). Elle faisait partie du réseau: "l'affiche rouge". Je n'arrive pas à terminer mon roman: polar ésotérique qui se passe en Normadie en lien avec la résistance. Je bloque sur la généalogie des Burgondes-Burgraves (Frédéric II,...)

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