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Jean-Philippe Domecq
§ 17
Pendant ce temps, les Quelques…
On l’entend au tout début de la réunion des Quelques le 27 mai [1]. Comme toujours nous demandons comment ils tiennent à Kiev sous les pluies de drones et missiles russes, de plus en plus rageuses, et Anne amusée répond que depuis le retour de la chaleur ils tendent l’oreille à chaque grondement : est-ce orage ou bombardement ? Rester chez soi ou rejoindre le métro (le plus profond du monde) ?
A notre inquiétude, David répond aussi net qu’Anne et Laurent : pas question pour eux de quitter les Ukrainiens, « la vie est là-bas », si intense, pas seulement par l’énergie que donne le courage, pas seulement par le génie d’ingénieurs d’un pays devenu, pour survivre, l’avant-garde mondiale de la technologie de guerre, pas seulement par la création artistique tous azimuts, jusqu’au concert de slam auquel participeront Anne et Laurent ce dimanche ; dans les rues on voit beaucoup de femmes enceintes, devant les bars aux vitres soufflées les gens s’installent pour continuer, de plus belle la vie malgré les souffrances, les deuils, la colère sous la destruction furieuse.
Durant les décennies et décennies qui viennent, sous les cieux de l’Histoire, films, livres et témoignages reviendront sans cesse, comme ils le font des deux guerres mondiales, sur cette violente « naissance d’une nation », avènement pas moins marquant que la création d’Israël, la victoire de Londres sur le blitz en 1944, la fin de la ségrégation raciale en Afrique du Sud. L’Ukraine rappelle et ravive ce dont font bon marché beaucoup de citoyens d’Ouest : la liberté de choix démocratique, le ressort de résistance, l’inventive solidarité, l’ingéniosité que développe la dignité, l’Hymne à la joie européenne.
Il faudra comprendre, mais vraiment comprendre et c’est ce qui nous a presque malgré nous impliqués en tant que simples écrivains, la guerre de mentalités et de conceptions de l’homme qui s’est jouée en Ukraine. Et, au point où en est cette cinquième année de guerre acharnée qu’a voulue la Russie, ne pas se tromper de paix souhaitable. Surtout pas l’équanime pardon en tout cas, et là il faut se méfier de la tradition russe. Exemple, nos amis et les Ukrainiens ont tout de suite repéré ce qu’avait de dupe l’appel a priori humaniste du cinéaste russe Andreï Zviaguintsev au président Poutine de « mettre fin au carnage », lors de la remise de son prix au Festival de Cannes pour le film Minotaure. Les Français, toujours pressés d’applaudir avant qu’on ait fini, n’y ont vu que du feu sincère, mais s’il suffisait d’être sincère pour n’être pas biaisé… Pas un seul commentaire élogieux sur les réseaux sociaux en Ukraine, où l’on a compris mieux que le cinéaste ses mots sur « les millions de personnes qui, des deux côtés de la ligne de front », aspireraient à la fin de la guerre. Voilà une équivalence qui laisse augurer ce que voudra la ruse russe : signer pour « paix » qu’on en reste là. Paix de statu quo qui serait écoeurante. « Manière commode de diluer la responsabilité », a réagi l’ancien militant anticorruption Mustafa Nayyem dans le média ukrainien NV : « A la place de l’agression russe, un broyeur abstrait ; (…) à la place d’un crime politique, une souffrance commune où tout le monde serait, en quelque sorte, également malheureux. » Ce serait escamoter l’active responsabilité qu’implique toute passivité populaire, et notoirement la passivité du peuple russe sous ses chapes de régimes successifs, tsariste, communiste, national-mafieux ; à la longue la police politique et la propagande continues ont bon dos, elles n’expliquent ni ne justifient l’absence de soubresaut majeur. On ne peut perpétuer ce mépris infantilisant des capacités du peuple ; tout citoyen peut savoir, et, s’il ne le veut pas, sa passivité est activité politique. Cela se voit mieux que jamais avec la guerre d’Ukraine ; chaque Ukrainien, comme nos proches qui y vont, tient chaque Russe pour collectivement responsable. Nayem conclut : « L’art, face à un crime historique, ne doit pas supplier le tyran de faire preuve d’humanité : il doit rendre son nom à la victime, rappeler à la société sa responsabilité et dire la vérité du crime. »
Là-dessus, la discussion des Quelques a préfiguré d’où viendrait le crime moral, mémoriel, qu’il y aurait à diluer la responsabilité des agresseurs dans une fausse équation à la russe, « toutes victimes égales ». Sur ce point encore, nous mesurons comment la littérature aide à discerner, pour essayer de prévenir. Le trop servi thème de « l’âme russe » vire à l’alibi cultivé, dont les éditorialistes français conservateurs se gargarisent volontiers. Parmi nos trois couples, sur l’enregistrement à écouter Olivia remonte le tour de passe-passe larmoyant que refile la pitié dostoïevskienne : « on a tous souffert, alors pleurons ensemble un bon coup. Sauf que c’est une forme de code, code de rédemption fourre-tout, de sentimentalisme commode qui met tout le monde sur le même plan, dans le même sac.
David : Dans Crime et châtiment, Dostoïevski se positionne du côté du criminel, mais il n’y a pas de châtiment.
Olivia : Le châtiment est recouvert par la pitié. Or, en général la littérature est du côté de la compréhension de la dette. Il n’y a jamais de dette, de loi chez Dostoïevski ». Chez Céline non plus – au contraire, celui-là jubile de sa saloperie, quand Dostoïevski se tord dans le ruisseau pleurnichard du remords sanctifié. La comparaison avec Céline est venue dans la discussion parce que l’épisode précédemment publié ici nous fait gagner du temps de réflexion en en finissant, une fois pour toutes dans l’histoire littéraire, avec le statut de « grand écrivain » que les Français ont tant tenu à préserver pour Céline. « Une fois pour toutes », je dis, oui : pour régler le cas d’une telle perversion cultivée, il fallait bien une action de pensée, technique de groupe énoncée aux débuts de ce manifeste ouvert, et que seule une minorité ou un homme seul peut et doit se donner, puisque ce ne sont pas les Français qui vont le dire.
Les Russes non plus ne sont toujours pas lassés de leur formidable autoséduction d’hystérique mélancolie qu’ils se et nous chantent avec « l’âme russe » dostoïevskienne. Comme l’invraisemblable « germanité » sur laquelle spécula tant Ernst Jünger, autre auteur, avec Heidegger, singulièrement protégé par les Français (on pourrait y revenir, tiens, en action de pensée [2]). Chaque nation apporte sa contribution particulière à l’inhumanité.
Concernant le bruit que fait leur style, avec le temps on distingue mieux ce qui nous crissait dans le crâne en lisant ces écritures d’emprise qui meulent les tempes. Dostoïevski et Céline sont d’éminents auteurs, mais au sens d’éminents symptômes du mal spécifique que leur pays aura fourni à l’histoire de l’humanité. Partant de là, de ce qu’ils crachent avec toute la force stylistique qu’ils ont effectivement engagée, ces auteurs ne croient pas si bien dire et aident malgré eux à mieux cerner les penchants qui amènent les affrontements historiques. Les représentants politiques peuvent tenir compte des enseignements de la littérature, si funestes soient-ils et parce qu’ils sont funestes.
Olivia : « Les Russes ne peuvent s’empêcher de faire comme si. Après, il ne leur reste plus qu’à s’asservir et à asservir, sous la protection du plus fort.
David : « On a tous souffert, donc on sera tous pardonnés… ».
Cette absolution générale, qui combine l’humiliation et l’auto-humiliation, est d’une manipulation éthique qui a l’efficacité de la perversion. Il n’est que de voir les crapules, significativement nombreuses parmi les personnages dostoïevskiens, s’y complaire avec l’habileté de jouer les victimes du remords en lorgnant vers l’absolution. On n’est pas obligés d’être dupes. La Russie ne doit pas être absoute de ce qu’elle a commis et dont les générations qui viennent n’auront pas fini de mesurer l’ampleur et l’horreur (si vous saviez, lecteurs…). Face à cela, notre conversation revient sur la question récurrente que nous pose et se pose Laurent : que faire de la violence à décrire ? Et êtes-vous cruel ? Elles sont bonnes, les questions gênantes. De là nous lançons et publierons régulièrement un débat par écrit sur Violence et littérature (fenêtre ainsi intitulée parmi celles du site des Corps Célestes). Sans anticiper sur ce dialogue public que tous peuvent lire et nourrir, je résume vite pourquoi je ne peux accepter l’absolution politique ou géographique de la Russie, en termes de territoires ; en outre il faut qu’elle paie, qu’elle rembourse, via ses avoirs gelés dans le système bancaire mondial si, comme c’est prévisible, elle va se dérober, en toute diplomatie de mauvaise foi qui fait sa tradition, à sa dette pour les incommensurables destructions qu’elle a commises. Le règlement de comptes est une notion injustement décriée sur laquelle je propose un travail de réflexion. Le pardon est une offense, qui offusque tout sentiment de justice. On n’a pas relevé cette étape pourtant historique : les Chrétiens du monde entier refusent le pardon que demandent les prêtres coupables depuis les révélations de la pédophilie ecclésiastique (laquelle était pourtant prévisible depuis le refoulement chrétien des plaisirs de la chair). La justice est un besoin cardinal, qui pourrait bien être le sens de l’Histoire.
Je tiens aussi à une réforme de l’ONU pour tirer les leçons du blocage que son règlement a permis à la Russie d’opposer à la dénonciation de son agression contre l’Ukraine. En « vertu » du droit de véto que lui confère son siège au Conseil de sécurité, la Russie a systématiquement repoussé les motions dénonçant sa responsabilité, alors que c’est la raison d’être de l’ONU que d’éviter la guerre par le concert des nations dont le fondement philosophique a été fourni par Kant avec son Projet de paix perpétuelle. Comme il n’est pas interdit de penser le concret réalisable quand on est écrivain, je m’étais appuyé en 2022 sur ma fonction au PEN Club français pour demander que le PEN Club international adresse à l’ONU la proposition de réforme suivante, qui permettrait de combler la défaillance de l’ONU sur ce point central de sa mission. Voici, ce n’est pas long :
Deux propositions à l’ONU
On peut juridiquement proposer à l’ONU, en tout respect des compétences, les évolutions ponctuelles qu’appellent les oppressions et violences contre la paix et la liberté perpétrées notamment depuis février 2022, où les règles de paix instituées en 1945 au vu des violences créées par la Seconde guerre mondiale, sont atteintes et bafouées comme jamais depuis leur instauration. Il est urgent et légitime que les juristes et nations de l’ONU fassent aboutir leur constante réflexion autour de deux axes que l’on peut introduire dans la Charte :
- Une nation belligérante verra ses droits de vote et veto suspendus tant que son agression persiste.
- Une nation qui commet le crime de guerre de détruire les infrastructures civiles et habitats d’une autre nation, sera pareillement privée de ses droits de vote et veto tant que n’aura pas été signée, sous l’égide de l’ONU, l’accord de reconstruction et/ou le financement, par la ou les nations agressantes, des infrastructures et habitats détruits hors secteur militaire.
- Mode d’application : la rédaction et l’application de ces mesures implique une nouvelle étape de la constitution juridique permanente de l’ONU. Pour éviter le blocage qui, en 2022, a frappé l’ONU d’immobilisme malgré les initiatives prises par son Secrétaire Général allé à Moscou puis à Kiev que la Russie a significativement bombardée à cette occasion, les services juridiques des nations doivent pouvoir décider de l’adjonction et des modalités de ces deux nouveaux articles constitutionnels, à la majorité simple et sans droit de veto. Le Conseil de Sécurité n’en portera que mieux son nom.
La mise en droits juridictionnelle implique certes ses nécessaires complexités ; mais les juristes internationaux qui travaillent à l’ONU en continu depuis la création de cette institution, ont la formulation renouvelable de ces droits en responsabilité, en réserve constante.
Le PEN Club international, analogue culturel de l’ONU dans le fondement et la perspective du Projet de paix perpétuel d’Emmanuel Kant, est à même de soumettre cette proposition aux décisionnaires politiques.
Jean-Philippe Domecq, président du Comité de défense de la liberté d’expression du PEN Club français, Paris, décembre 2022
Ce qu’il en résulta ? Approuvée par le président du PEN Club français d’alors, Antoine Spire, qui pendant son mandat a redressé le niveau contre vents-et-poussières, ainsi que par notre coordinateur avec l’efficace PEN Club ukrainien, l’écrivain Fulvio Caccia, la proposition ne fut discutée par le PEN Club français ni par oral en réunion, ni par correspondance écrite. Elle ne put l’être, par un silence bizarre. Karl Kraus n’aurait pas loupé l’ambiance, lui qui parmi toutes les défaillances de l’esprit en 1933, troussa celle du président du PEN Club autrichien ; il y a apparemment tout autant matière en 2022 pour sa littérature des opinions progressistes autant que réactionnaires [3]. La proposition fut benoîtement étouffée par ceux que j’avais été contraint de baptiser les « poutino-nuancés », puisqu’ils auraient évidemment protesté si j’avais dit « néo-staliniens » alors qu’ils avaient dès l’invasion russe tenu obstinément à ce qu’on « comprenne » la Russie avec nuances historiques d’une érudition qui est toujours enfigourique lorsqu’on farcit de fumée ses bornes d’esprit militant. Ah, les pellicules aux cols roulés qui sortent à trois heures du matin se frottant les sous-mains d’avoir procédé à la bonne vieille technique de la mort sans phrase rôdée par les cocomités centraux…
On reprendra de l’air en lisant ce qu’expliquent Anne et Laurent Champs-Massart qui, avec David Di Nota, remontent l’histoire de la résistance des Soixantards. La Résistance aujourd’hui, oui Français d’aujourd’hui. Et la dissidence dont ils rappellent la définition s’impose aussi dans l’Ambiance idéologique que nous subissons. Les Quelques, de toujours, de tout temps, c’est cela, entre autres :
Début d’entretien, sur le site kyivdesk.com :
David Di Nota — Puisque nous avons choisi d’évoquer la mémoire de la dissidence ukrainienne, j’aimerais que nous définissions ce mot en reprenant la parole des premiers concernés. Dans « Le Carnaval de l’Histoire », Leonid Pliouchtch a donné au mot dissidence sa définition à la fois la plus étendue et la plus précise : « l’impuissance à vivre dans le mensonge et dans le mal ».
Anne Champs-Massart — Cette définition, en plus de sa justesse, a le mérite de contenir en elle une sorte de déroulé temporel éclairant les différentes étapes qui poussent certains êtres à entrer en dissidence. Il y a d’abord une “impuissance”, c’est-à-dire, non un mouvement, non un élan, mais une paralysie, une entrave. De sorte que, contrairement à d’autres figures du monde politique, les dissidents le sont, souvent, à la base, malgré eux. (…) La politique s’est imposée à eux, (…) car c’est elle qui bloquait leurs préoccupations majeures : les arts, la pensée, les sciences, la façon d’être et de s’exprimer… en un mot : “vivre”. À la racine, il y a “la perte d’une chose qui existe quelque part”. (…) La dissidence naît de cette perte, de cet empêchement. [D’où] le passage d’un combat très concret (pouvoir écrire dans sa langue, publier, se rassembler…) à un combat rejoignant des idéaux universels. »… (Suite sur le site Kyivdesk)
[2] Dans l’immédiat, renvoyons à l’étude de fond sur la manière dont on a aidé Ernst Jünger à édulcorer largement son œuvre et contourner son éthique d’un nationalisme gothique tout à fait teutonne nazi : Michel Vaoosthuyse, Racisme et littérature pure, La Fabrique d’Ernst Jünger, éditions Agone, 2005.
[3] Karl Kraus, Troisième nuit de Walpurgis, p.122 à 130, éditions Agone, 2026.
[1] Cf. le dernier des enregistrements des tablées in https://lescorpscelestes.fr/les-quelques-groupe-litteraire-domecq/
§ 18
Toute révolte répond à un stress moral
La révolte passe pour violente. Elle peut l’être par ses actes, comme elle peut être dissidence passive, ou refus sans acte, ou sans autre parole que celle de l’employé Bartleby, « I prefer not to », mine de rien qui fait tout sauter.
La révolte passe pour violente alors qu’elle ne fait que réagir à une violence qui vient heurter la douceur de vivre, menacer notre paix, la libre disposition des facultés humaines. Il est et sera toujours plus violent de ne pas réagir que de réagir à l’injustice qui survient, surprend, fait sursauter. La révolte est bonheur bafoué.
Voilà pourquoi s’impose la notion d’hystérie des modérés. Ceux-là qui jugent violente la révolte, cautionnent la violence qui a créé l’angoisse de ceux qui se révoltent. S’il faut être a priori modéré, il faut admettre a priori l’oppression, la ségrégation, la turpitude – l’inadmissible, sans y toucher. L’injustice étant récurrente vu ce que sont les hommes, l’incompréhension des modérés à l’égard de la violence nécessaire à la révolte est consentement à ce qui est révoltant, installation du révoltant qui, perdurant, désespère puis agenouille l’humain. L’angoisse morale qui fait le sursaut vital de la révolte, si elle se retourne contre la saine révolte, rend celle-ci malade, puis l’homme et la société qui ont renoncé. Il n’y a pas d’issue, le stress qui perdure fait la maladie, la vie s’étiole et meurt. On mesure par là à quel point la révolte est peu violente par comparaison avec la violence des modérés qui la trouvent violente.
Il faut plutôt s’en prendre à l’hystérie des modérés, leur violence est extrême sous leur débonnaire air de mise. Pour le dire comiquement et que cela réagisse : planter la modérée Lèvre molle d’un couteau sur la table abrège au moins la violence d’admettre l’injustice, la fausseté, la mauvaise foi. Il ne faut plus parler de la violence de la révolte, tant qu’on ne parlera pas de la plus grande violence des modérés qui laissent faire.
§ 19
Une transe nationale de bêtise volontaire
Tandis que des orages de missiles s’abattaient sur l’Ukraine en juin 2026, la France était prise d’une de ses transes d’abrutissement cultivé. J’hésite à en parler. Non qu’écrire le Discours de la bêtise volontaire ne soit nécessaire puisqu’elle renouvelle la servitude du même nom ; il le faut, vu le niveau, de temps en temps y coincer un peu de sa largeur de vue, il le faut, quoi qu’on en ait, question de devoir intellectuel… Quant à compenser le fastidieux que ça a, ma foi, tendre de temps à autre le miroir aux imbéciles nous fait au moins marrer. Non, mon problème n’est pas là, mais plutôt que le nom de l’auteur qui causa la récente éruption ne dira plus rien à personne une fois retombé le soufflé ; or, j’aimerais autant que ce que j’écris soit compris à l’avenir, n’escomptant pas que ce le soit dans l’actuelle Ambiance où la liberté précise n’est pas précisément permise. Mais justement : j’ai tiré un trait sur mon présent, pas sur la liberté. (Tant qu’on y est, je lance sur le marché sémantique la double entente de justement pour dire à la fois : ce qui tombe juste, et raison de plus. On se souvient peut-être aussi qu’au début de ce roman j’avais pris à la lettre l’adverbe seulement pour dire : être seulement, écrire très seulement, etc.) Justement donc, la liberté étant un besoin plus fort que soi, la bêtise cultivée qui l’étouffe doit être dévoilée tant qu’on voit qu’elle n’est guère perçue puisque neuve. La bêtise s’améliore, ne l’ai-je pas dit ? Campons-la pour le coup, c’est l’Ambiance, désignons le bluffeur et ses bluffés : Edgar Morin, décédé à 104 ans, heureusement pour lui. Mais…
Mais voici qu’une fatigue me tombe dessus… L’ineptie est d’avance épuisante, on le sait pourtant d’expérience. Et si je bâclais ?… Tiens, oui, une écriture du bâclage… Les idoles de bêtise cultivée nous auront donné d’inventer le genre, soyons-leur reconnaissants. On peut bâcler Morin puisque ce n’est pas lui qui est intéressant mais ce que trahit l’orgie d’opinion qu’il a provoquée. Bâcler le parcours d’une seule phrase, longue mais seule !… ça ce serait du genre ! Et parfaitement approprié, adéquat, homogène, cohérent – non ? Il ne serait pas sérieux, paradoxalement, de se fatiguer à rappeler aux générations futures, qui n’en auront plus rien à foutre, le parcours de l’encensé, l’hyperbolique carrière – tout arriviste arrive – de ce prêchi-prêcheur sociologue qui fut d’autant plus répandu que bien moins productif que les autres sociologues de sa jeunesse (Henri Lefebvre, ne serait-ce que ce premier nom me sort du chapeau), je dis « de sa jeunesse » parce que ce n’est pas ma faute si Edgar Morin n’a conceptuellement rien produit de sérieux passé ses tout premiers essais, où au demeurant il découvrait la lune en découvrant les stars comme phénomène cinématographique… ; après pareil début Morin débita, débita tant et tant que les truffes et les glands rutilèrent d’enthousiasme citationnel pendant trois quarts de siècle sur le fait que cet homme à son âge continuait, 89 ans, 90, 95 ans, 98 pensez ! 100 ans il pensait encore ! comme ça jusqu’à 104 vous rendez-vous compte quelle jeunesse éternelle, ça prouve bien, hein ! quelle vie l’esprit, ah la leçon d’énergie, de courage même tant qu’on y est, et lui, pas bête, affichant à qui veut vieux son visage étiré façon bonze, sur pull pas bêcheur, et la cour médieuse de caqueter « ce chercheur si simple sur lui, quelle sagesse il affiche (non, ils ne dirent pas « affiche », ç’eût été lucide sur le jeu du bon malin), il délivre, nous délivre, ah comme il nous délivre et trace le chemin, ah comme on en a besoin dans le contexte » où nous sommes tellement paumés que nous avons écœuré tout le monde à citer révérencieusement ses sentences à la « si tous les gars du monde, se tenaient par la main, là là là » – vous trouvez que j’exagère ?, eh bien allez, reprenez en chœur, je ne vais pas vous en donner trop rassurez-vous, vous avez trop aimé :
« Chaque erreur doit être analysée, comprise, c’est une occasion extraordinaire de progresser. » (moi quand je lisais ça j’avais l’impression d’être pris pour un abruti)
« Ce qu’est l’histoire : des émergences et des effondrements, des périodes calmes et des cataclysmes, des bifurcations, des tourbillons, des événements inattendus. » (j’avais cru remarquer, en effet)
« La beauté n’est jamais superflue. » Lui non plus.
« L’incapacité de tirer les leçons de l’expérience, l’incapacité de modifier des schèmes mentaux, la sélection de faux problèmes et de faux critères, l’oubli des fins dans l’usage des moyens » [relisez… : « l’oubli des fins dans l’usage des moyens »… et reprenez souffle) « ou l’ignorance des moyens adaptés aux fins » [ça va ?], « suscitent des formes multiples d’aveuglement. »
« A force de sacrifier l’essentiel à l’urgence, on finit par oublier l’urgence de l’essentiel. »
« Le renoncement au meilleur des mondes n’est nullement le renoncement à un monde monde meilleur. »
Cette profuse sagesse fut si profonde qu’elle se laisse condenser sans perte par l’épitaphe de Charlie-Hebdo, qui dit tout : 
… (je suis toujours dans la même phrase, je tiens le coup)… : il nous donne du sens Lui au moins. (Là je coupe un peu pour passer à ce qui n’est plus le comique involontaire.) Les hères de gauche en mal de sens n’ont pas donné que dans la bêtise volontaire, il y a plus grave, qui va avec. Ils ont fermé les yeux volontaires sur les inénarrables confusions, bourdes grossières, erreurs, errements fâcheux et contresens du bon malin sur Israël, sur la sainte alliance science et conscience (tiens, c’est nouveau ça), sur un prêcheur islamiste dont il n’y avait pas besoin d’apprendre ensuite les violences sexuelles sur femmes en baignoire pour lire dès le deuxième paragraphe de la moindre de ses tribunes qu’il nous faisait les droits de l’homme à l’envers pour refiler sa théologie de prêches en cave, eh bien notre sage Edgar, au nom du dialogue des cultures dont nous sommes tous partisans mais pas avec n’importe qui, y est allé de pas moins deux livres co-écrits avec l’ascète universitaire de rendez-vous d’hôtel, d’ailleurs sur les femmes Morin pas gêné en a sorti qui n’ont pas gêné non plus ses pâmées qui sans l’avoir lu ont débité ses perles en chapelet ante comme post-mortem. Au demeurant encore pour les envapés n’y voyant que feu médieux, Morin la jouant sympa en public était bouffi du moi, odieux selon ceux qui ont travaillé avec lui, et, selon tout lecteur de sciences humaines, gommant ses sources, pillant allègrement. Evidemment il était Juif, fut Résistant, communiste repenti (tard), et maintenant il y a la mort, alors !… Il n’y a plus qu’à se taire ou dévôter. Ce sourire progressiste qu’il ne demandait qu’à afficher devant les mimiques d’intérêt historique sur les plateaux, médias, sur les écrans, partout le type fut, mais ne le cherchant pas, non, pour un peu on aurait supplié les médieux de le laisser en paix, à ses édifiantes pensées qui nous tombaient de temps en temps sous les yeux, à vous effarer devant l’inextinguible soif de bêtise – mais bon, « nous avons perdu l’essentiel au nom de l’urgence, il nous faut retrouver l’urgence de l’essentiel », alors !… Il y a les intelligents et les malins, que les corniauds confondent. Gros malin ? Oui, et on terminera par son début : Edgar Morin se fit connaître, c’est le mot, par une formule propre à faire slogan promotionnel ; sa fameuse théorie de la pensée « complexe ». Avec ça, tous ses prédécesseurs penseurs n’avaient plus qu’à se rhabiller. On a mesuré ensuite la complexité de ladite pensée. Et ceux qui ignoraient que toute pensée est complexe ou n’est pas, ne furent pas peu à ânonner « complexe, complexe », comme on disait « Baboo ! Babouth ! ».
Pour preuve et oraison, écoutons la pâmoison d’une figure bien accrochée au pouvoir culturel (Laure Adler, pour la faire entrer dans l’histoire, dans l’émission C’est ce soir du 3 juin 2026 , « Spéciale Edgar Morin », #CCeSoir sur @france.tv:
« C’est le seul intellectuel célébré par la République à ce point depuis longtemps, et pourquoi ? Parce que, quand vous parlez, comme ça, au gens, en bas de chez moi, au marché ce matin, ils le connaissent, Edgar Morin. Et quand vous sortez de l’hommage du Président de la République tout à l’heure en fin de matinée, et derrière les grilles il y avait des gens qui sont venus le voir, qui ne l’ont jamais rencontré, qui ne l’ont jamais lu, mais pour qui il est important, et pourquoi ? Quand vous leur posez la question, parce qu’il parlait de l’étonnement de la vie, parce qu’il parlait du possible bonheur, parce qu’il découvrait dans le monde comme une pépite qui pouvait s’ouvrir, et je crois que, sans le vouloir, je n’aime pas cette expression qui est très négative d’intellectuel médiatique, mais quand même, depuis quarante ans il a frayé avec nous, combien d’heures il nous a données, combien de temps il nous a accordé ! ça l’in-té-ressait. Non pas parce qu’il était narcissique, j’ai rarement rencontré quelqu’un d’aussi peu narcissique ou anti-narcissique qu’Edgar Morin, mais c’est parce que ça participait, je pense, de son évolution intellectuelle, et, j’ose dire un mot qui est tabou dans le monde intellectuel : spirituel ! ».
Je ne sais pas si vous, mais moi j’adore. Tâchez de voir la séquence sur les réseaux, ça vaut son cocktail d’eau de rose. Tout y est, vous avez entendu : « les gens », « en bas de chez moi comme ça au marché », elle fait son marché et elle est restée toute simple, avec les gens, tout comme, « derrière les grilles les gens », « qui ne l’ont jamais lu » – jamais lu un auteur de livres, pas un sportif – « jamais lu, mais », « et pourquoi ? », le « pourquoi répété pour scander le sirop de voix mine de rien autoritaire, les mouvements de tête un peu haute, on est dans la haute médieuserie (vous voyez que mon adjectif « médieux » n’était pas excessif, mais tout adéquat, tout direct comme les gens moi aussi je peux), et puis l’arrêt du souffle avant le « mais quand même, depuis quarante ans » (vous voyez que je n’étais toujours pas excessif sur la carrière assoiffée d’Edgar, « quarante ans il a frayé avec nous », nous l’Olympe quand même, il est trop, Edgar : « combien d’heures… combien de temps…il nous a donné, accordé ».. « Pas parce qu’il était narcissique », nooon, elle sent le vent du boulet de rire qui pourrai la décoiffer quand même, alors sans vergogne la femme d’omni-pouvoir médiatique, Laure Adler, peut vous garantir – elle s’y connait – qu’elle a « rarement rencontré quelqu’un d’aussi peu narcissique »… c’est magnifique d’entendre ça, une « pépite » ça elle peut dire. Et le clou calculé final : « j‘ose dire un mot qui est tabou dans le monde intellectuel : spirituel ! ». La vie spirituelle, elle…
Tous les culots médieux. A l’image du pouvoir culturel en France, médiatisé comme nulle part, et ça s’accroche, ça s’accroche au siège et se coopte, tant et si bien que ces gens-là, comme tout pouvoir sans limite, ne se sentent littéralement plus. Et donnent le la de la vulgarité ambiante.
Dans le fond, je n’ai rien contre la personne des broyeurs et broyeuses qui s’imposent ; j’ai même dit que ce n’est pas l’individu Donald Trump qui m’écœure, mais la masse de ceux qui l’ont élu – ainsi que, et ils nous font honte à jamais, les rires contraints des dirigeants européens qu’on entend et entendra dans l’Histoire quand la brute sort ses outrances lamentables ; rires obligés ? non, mauvaise diplomatie car ils encouragent le corniaud ; on pouvait au moins se taire et se lever. De même ici l’important n’est pas la vulgarité sophistiquée de tel/le responsable culturel/le ; le plus consternant, et c’est ma seule raison d’avoir surmonté un peu la fatigue d’écrire là-dessus (je ne me suis pas foulé cela dit, vous êtes témoin) ; le plus grave est que la démagogique et médieuse minute de la femme de pouvoir culturel a été relayée avec enthousiasme, trémolos et remerciements d’oraison, ardeur, ferveur, par la houle des internautes endeuillés.
Mais, tout de même, je viens de dire deux mots : « responsable » et « culturel ». Encore une fois, dans la culture il ne devrait pas être difficile ni incongru de se comporter avec responsabilité, discernement, finesse – intelligence des mots, des idées, des faits et des êtres.
A cette question : Comment des gens responsables de la diffusion de la culture ont-ils pu pendant trois quarts de siècle gober, relayer, ne pas être consternés par ce niveau d’abrutissement qu’un tel auteur a et qu’ils ont répandu à tour de manège médiatique ? Je peux, nous pouvons répondre en décrivant la bêtise volontaire. Mais aussi, je le dis : vous avez l’écrasante responsabilité, en servant et laissant ce genre de penseurs ou littérateurs occuper la place et l’attention si longtemps, non seulement d’entretenir et renouveler l’obscurantisme, mais d’empêcher que d’autres paraissent ; ou, à défaut, d’au moins laisser place à l’aspiration vers d’autres pensées et formes. L’expérience de critique de cinéma le confirme, le grand public fait le succès des films novateurs et fins, le public aspire donc à neuf et fin. Responsabilité d’indigence culturelle, oui, c’est trop tard, le mal est fait. Vous avez commis la faute d’entretenir et renouveler l’obscurantisme, autrement dit : d’avoir commis la faute de la Culture contre la culture.
A la question : Comment des intellectuels sérieux ont-ils pu non seulement ne rien dire là-contre, ce qui est tout de même un de leurs rôles, la résistance à la marée d’opinion ; mais combien furent nombreux à entonner le chœur de deuil, passant la tête sur l’écran tels les supporteurs derrière un champion… J’ai répondu aussi : ce que ne ferait pas le narcissisme… Même la mort lui sert, ah être sur la photo du fameux.
A la question du bilan culturel du président de la République Emmanuel Macron, sur dix ans de pouvoir : hommage républicain aux Invalides à Morin, d’Ormesson, Légion d’honneur à Houellebecq. C’est tout, en tout et pour tout.
Quant à comprendre à quoi répond le besoin qui aura fait la célébrité de ce niveau : la culture-mode a horreur du vide et le comble par creux penseurs.
Mais le comique est de toujours, et restera toujours lisible.
§ 20
Communication, occultation
Impensable aujourd’hui : en 1930 André Breton est profondément inquiet de l’accueil favorable rencontré par Nadja. Autour de lui, certains aussi ou ironisent.
Impensable aujourd’hui : avant et après 1968, il n’y avait de pire crainte et accusation que d’être « récupéré » par le succès de vos œuvres. C’était rentrer dans le « système ».
Impensable : Henri Michaux refusant jusqu’à sa mort que Gallimard ressorte certains de ses livres en collection de poche : « Deux cents lecteurs, c’est bien assez. »
Impensable : Samuel Becket refusant la presse et Gracq le Goncourt.
On dira : c’était l’époque où certains auteurs majeurs n’aspiraient qu’à être les « trous noirs » de la culture. Ceux qui croient par là objecter, font semblant d’ignorer que les trous noirs sont les nœuds d’énergies fondamentales de l’Univers.
Les tenants de « la Pensée Désormais » : « Désormais c’est ainsi, il faut être absolument contemporain, de son temps et sans illusion ni nostalgie » – etc., etc., on connaît l’antienne, elle vaut bien les opposés en symétrie inverse, ceux pour qui tout fout le camp ou c’était mieux avant, etc. – Eh bien oui, nous l’avons pour notre part assez et depuis longtemps énoncé, depuis exactement la victoire idéologique de l’ultra-libéralisme qui, en France, a d’abord gagné la culture, paradoxalement : – voir chapitre § 7 : …« comprendre que l’Ambiance, sous la chappe idéologique du libéralisme-ultra qui avait répandu l’individualisme concurrentiel, pesait plus lourd qu’on aurait pu l’augurer de cultivés. Ce que j’ai rappelé vite au premier épisode, le « chacun sans l’autre », imbibe complètement le milieu centralisé de la culture française. ». – chapitre 13 : …« La vanité des vanités a pris un essor considérable dans la culture française depuis que l’ultra-libéralisme a promu le moi concurrentiel comme valeur d’existence. On peut penser, et même savoir que c’est une bêtise existentielle et sans doute la plus approfondie ; mais l’Ambiance est à ça. » Et autres occurrences en livres antérieurs. Ceci juste pour dire que nous comprenons parfaitement « notre » temps et que c’est la bonne raison pour ne pas s’en laisser conter. Aujourd’hui n’est pas hier mais demain non plus. Par le « travail du négatif » que nous avons nécessairement assuré dans quelques récents chapitres, nous avons rappelé les dégâts culturels de la logique d’adaptation à « notre » temps dont se prévalent ses tenants. A recul, recul et demi, qu’ils croient nous opposer.
Car enfin, il n’est plus à démontrer que la giration à laquelle s’adonnent et se donnent les auteurs, n’écrème pas ce qu’il y a de mieux, c’est le moins. Ceux qui placent la lucidité dans le seul scepticisme, quand penser c’est parier, comme vivre, pourraient comprendre que la communication exponentielle à laquelle voue la concurrence narcissique fabrique des auteurs de plus en plus acteurs et comédiens d’eux-mêmes. Cette fabrique du personnage auteur pour imposer son profil, la concurrence entre éditeurs et médias qui joue au préjudice de l’écrit qui demande plus de concentration, concourent foncièrement à l’impéritie dont personne ne rend plus compte. Tous ces auteurs qui lorgnent les plateaux et rutilent quand ils y montent enfin, et les promotions et les débats partout pour servir la soupe marchande sous couvert de démocratie culturelle et faire rentrer ventes et contrats – quel tournis de corvée, quel besoin de reconnaissance il y a sous cette comédie… Comment peuvent-ils, comment font-ils, tandis que la vie…
La force centrifuge inéluctablement sort l’être de son exploration ; or, écrire, filmer, peindre, composer, requiert une absorption, une conduite de concentration et d’abandon – comme dans l’amour à nu – qui sont incompressibles pour accéder, en soi, à ce qui fait œuvre.
On n’y échappe et n’y échappera pas. La vie intérieure est au cœur du jeu et du pari créatifs. C’est bien ce que rappelait dès son premier envoi ce Roman de notre pensée. Démonstration faite côté comédie de l’Ambiance, on y revient, à l’essentiel.
Impensable aujourd’hui ? André Breton sentant le surréalisme « tombé dans le domaine public » se détermina à demander, dès le Second manifeste, « l’occultation profonde, véritable du surréalisme ». Aujourd’hui l’aventure intérieure inséparable du regard sur le monde peut être branchée sur celui-ci, grâce au numérique, afin d’effectuer le barrage et l’attraction magnétiques qui filtrent si bien que les écrits ainsi émis fassent levier d’Archimède – « pression poétique ». De même qu’au Moyen-Age c’est dans les lieux clos qu’a pu perdurer la culture, de même faut-il savoir repérer, dans les nouveaux interstices de liberté sous les nouveaux maux de l’époque, les monastères d’un autre genre, et pourquoi pas, à l’image de la constellation des Quelques : l’abbaye de chair et d’écritoire.
[1] Cf. le dernier des enregistrements des tablées in https://lescorpscelestes.fr/les-quelques-groupe-litteraire-domecq/
[2] Dans l’immédiat, renvoyons à l’étude de fond sur la manière dont on a aidé Ernst Jünger à édulcorer largement son œuvre et contourner son éthique d’un nationalisme gothique tout à fait teutonne nazi : Michel Vaoosthuyse, Racisme et littérature pure, La Fabrique d’Ernst Jünger, éditions Agone, 2005.
[3] Karl Kraus, Troisième nuit de Walpurgis, p.122 à 130, éditions Agone, 2026.

