To Die to Live, film documentaire ukrainien

Au mois de juillet, j’ai eu la chance de voir au festival de Karlovy Vary, le documentaire To Die to Live réalisé par Yuliia Hontaruk. Pendant douze ans, elle a filmé la vie de trois soldats Shakhta, Dancer et Potter qui se sont engagés sur le front ukrainien pour défendre le Dombass contre l’envahisseur russe. D’emblée, nous sommes plongés au cœur du conflit, dans les tranchées, les baraquements, les chambres, pris dans un rythme soutenu de préparation à la guerre, de stratégies à adopter. Progressivement, la réalisatrice choisit de montrer l’état d’esprit de ces combattants et d’élargir le point de vue à leur vie quotidienne: leur famille, leur vie professionnelle, leurs aspirations. Ils sont jeunes, ont entre 20 et 30 ans et l’on voit comment la guerre fait dévier leur trajectoire de vie. Shakhta, profondément marqué par ce qu’il vit, fait part du bouleversement intérieur que la guerre opère. C’est un être entier, blessé et révolté. Tout au long du film, il se questionne, évolue au point de développer une forme de sagesse. Il lui tiendra à cœur de transmettre aux jeunes générations le goût de la liberté et l’importance de défendre le pays. Dancer est un homme qui ne cesse de porter une attention au lien entre le corps et l’esprit. On le voit travailler sur lui-même pour ne pas perdre contact avec ce qui fait sa force intérieure. Potter essaie de monter son entreprise de tatouage. Il fait du skate. Et la guerre, comme une intruse, vient se superposer à une vie qui ne veut pas d’elle. Elle conditionne un comportement. Ces hommes font beaucoup de sport, s’entraînent et font du combat le point névralgique de leur existence. Aussi, le va-et-vient entre le front et la famille ou la vie à la maison devient-il de plus en plus douloureux. L’épouse de Shaktha, Snizhana Kutrakova aime son mari plus que tout. Ils ont deux adorables garçons. Et l’on imagine la tension extrême d’une vie qui ne peut s’adonner à ce précieux état qu’est l’insouciance. Le film continue avec l’invasion de la Russie le 24 février 2022. Nos jeunes soldats résistent. Il n’est pas question d’abandonner. Et la peur de mourir se transforme en refus de mourir. Au début, Shaktha explique « qu’il faut se croire déjà mort, sinon on ne tient pas », à la fin du film, le combat délivre son sens: « c’est pour la vie qu’on la risque » et pour que vive le pays.

A l’issue de la projection en avant-première, le public s’est levé spontanément et a applaudi plus de dix minutes. L’équipe, qui nous avait été présentée avant le film, nous regardait depuis les balcons. Alors, j’ai cherché des yeux chacun des protagonistes et, voyant Shaktha, son épouse et ses enfants, je me suis tournée vers eux ne cessant d’applaudir. Yuliia Hontaruk était très émue. J’ai imaginé l’intensité de l’émotion qu’ils devaient éprouver à voir le film ,à nous voir le voir et maintenant à recevoir notre standing ovation. Car nos applaudissements étaient un assentiment total à leur courage, à leur choix de vivre librement, sous le joug d’aucune dictature. Une force énorme est passée d’eux à nous et de nous à eux. Les applaudissements étaient comme une réserve immense d’énergie et de solidarité pour les mois et les années à venir. Shaktha, le premier, a quitté le balcon. Et, émus, graves, les autres membres de la famille sont partis aussi. Que nous gardions en nous cet hommage à la dignité. Soutenons l’Ukraine.

Valérie Rossignol

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À mon retour, j’ai écrit à Yuliia Hontaruk et à Snizhana Kutrakova, l’épouse de Shaktha, qui a fait circuler notre échange sur Instagram.

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A lire, les excellents articles d’Anne et Laurent Champs-Massart

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Sur Positif, par Jean-Philippe Domecq

Voici comment commence le compte-rendu du 60ème Festival international du film de Karlovy Vary du 3-11 juillet 2026, prochainement dans la revue de cinéma POSITIF : 

La standing ovation dura huit minutes, digne, sans l’hystérie effusive où l’on montre qu’« on en est » ; les acteurs présents étaient des soldats ukrainiens qu’on venait de suivre sur le front et dans leur famille de 2014 à 2026 ; ils ont vu notre admiration existentielle et politique, après cet éprouvant documentaire dont le titre condense l’enjeu fort : To die to live, de Yullia Hontaruk. L’un d’eux, qui tout du long confirme qu’affronter l’essentiel rend suprêmement philosophe, explique qu’au début « il faut se croire déjà mort, sinon on ne tient pas », et puis le combat délivre son sens : « c’est pour la vie qu’on la risque », et que vive une nation. Voilà l’esprit de ce festival tchèque dont c’était le 60ème anniversaire : l’engagement par tradition de l’Est, au cœur de la production mondiale… (suite dans l’article à paraître). Jean-Philippe Domecq

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Et un message de Snizhana, en réponse à cet article:

« Je serai toujours reconnaissante envers ceux qui soutiennent l’Ukraine et les Ukrainiens, qui choisissent le camp du bien et de la lumière. Car l’Ukraine se bat pour la vie, la liberté et son avenir.
Merci aussi d’avoir été si profondément touchée par « To Die to Live ». Ce film raconte l’histoire de personnes qui, malgré les épreuves les plus terribles, trouvent la force de vivre, d’aimer et d’avancer. Savoir que ces histoires touchent les cœurs au-delà de l’Ukraine est très précieux pour moi. »

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