Hommage à SERGE LABEGORRE
Femme assise au tapis rouge, 2009, 195x130cm
Serge Labégorre, figure essentielle de l’expressionnisme contemporain en France, vient de disparaître, le 16 avril, après 75 d’absolue création. Ce prince en majesté inventive, artiste majeur de notre temps avait 94 ans, né à Talence en 1932.
L’obsession de la figure humaine était son territoire d’art privilégié. Dans la nuit habitée de son atelier, se détache la haute silhouette d’un visage frontal, ou celle d’un corps découpé à coups de sabre, et qui saigne au dedans. La beauté n’est que le commencement du terrible. Tout part du réel, celui qu’on ne maîtrise pas et qui fait l’essentiel de la vie et de la mort des hommes. Ses personnages de lourde solitude, impressionnants et implacables, nés de l’ombre et de la nuit, l’entraînent au-delà de lui-même. Une soif d’absolu les porte, avec le désir déchirant d’habiter l’éternité.
La peinture dit le contact charnel d’un corps avec un corps. Il faut sentir vibrer sa chair, et restituer ses sensations dans l’obsession créatrice. Bienfait pour l’artiste, cette obsession évacue les désenchantements du quotidien. C’est une langue intérieure et secrète où les traces d’un vécu essentiel secouent l’âme. « Il faut bien mourir d’être né. J’affronte », disait mon ami Serge Labégorre.
Quand Serge Labégorre a commencé la peinture, l’abstraction triomphait… Mais cela ne lui suffisait pas. Dans sa figuration, l’humanité tout entière est omniprésente. Ses faces peintes sont convulsives et chaotiques, cruelles et fatales, mais plus fières et plus vives que les ténèbres qui les font naître. Ce sont figures à hauteur d’univers, masques fabuleux du fragile clan humain, et leurs clartés charnelles éclairent les noirceurs du vide. Le dedans sombre du corps, arraché aux apparences, est un cri sans limite.
Son atelier était lieu de liberté, d’extase et de souffrance, dans une exploration acharnée et magique. Serge Labégorre sacrait ce qu’il peignait, mettant en charpie les dehors fatigués de la beauté, et sacrifiant les illusions sommaires à chacune de ses créations. Au cœur de son art, le rouge et le noir font la vie très haute, quand l’art creuse à vif la fin des regards, et brûle en silence tous les masques de la mort.
Sophie, la fille de Serge, a créé un beau Fonds Labégorre à Seignosse (40510).
Christian Noorbergen


