Matthieu Gauthier – Maître d’intenses portraits d’animaux

Maître de la plus forte présence charnelle, Matthieu Gauthier crée d’intenses portraits d’animaux où la gueule animale devient à elle seule un monde fabuleux de chair, de peau, de poils et de pure bestialité heureuse. La proximité qu’il crée impose un dialogue impensable et prodigieux avec les forces vives d’une nature essentialisée. Souverain, l’animal-dieu obsède toute surface peinte dans un imaginaire cru et sans limite. Sans référence à son ordinaire habitat, la bête est absolument seule, sans lien aucun avec les clichés du genre, en proie assumée aux énergies rassemblées de la terre entière. Elle rayonne au point d’être le point culminant d’un univers dynamique totalement animalisé, « par le biais d’accumulation de taches de peinture ».Chez Matthieu Gauthier, l’animal est mythique, intemporel et dominant. Il semble émerger d’un maelstrom archaïque, animiste et magicien. Il toise l’humain dans un face à face magistral d’une étonnante puissance. Quelque chose de monstrueux accidente l’étendue, comme la démonstration d’une implacable et nécessaire altérité.

L’animal peint est plus qu’un animal, il est aussi une créature explosive englobant l’humain, le monstrueux et l’énergie des confins. Il n’est pas une caricature, plutôt l’apparence démultipliée des possibles de la vie dans la fascination d’une peinture abrupte, gestuelle et sans limite.

Et dans chaque œuvre, le surgissement de l’œil assure un dialogue absolu et sans frontière entre l’humain et l’impensable, entre l’identique et l’inconnu, entre le possible et l’impossible. Matthieu Gauthier libère le réel de ses normes, de ses acquis et de ses fatigues.

Chaque animal peint relève du portrait, et des yeux envoûtés occupent comme des cibles le centre de la toile. Immenses, ils trouent l’obscurité, voire les ténèbres de l’univers. Et la silhouette animale naît d’un fabuleux chaos graphique et pictural né de la nuit des temps.

Noblesse mentale, noblesse animale et noblesse matérielle accompagnent l’artiste en un voyage crucial, intemporel et vital, tant les formes animales, ici densifiées, dépassent toute mémoire humaine. Elles sont lieu de toute humanité. Les animaux sont notre solitude habitée. Ils méritent donc la terre et nos regards.

Christian Noorbergen